Statorius Pierre



Statorius Pierre de Thionville, en Lorraine, fut à la tête d'une famille, de laquelle plusieurs personnes obtinrent une considérable distinction parmi les sociniens. Trois personnes furent particulièrement célébrées, à savoir, Pierre le père, Pierre le fils, et Jean le petit-fils. En Pologne, où Pierre Statorius l'aîné fut naturalisé par la diète en tant que noble, il prit le nom de Stoienski ou Stoinski, qui, dans sa forme latinisée, est écrit Stoinius.

Pierre Statorius, Senior, dans sa jeunesse, fut un disciple de Bèze, dont ce dernier dit qu'il fut corrompu par Blandrata, alors qu'il était étudiant à Genève. Dans la préface de son récit sur Valentin Gentilis, Bèze dit que Statorius est un jeune homme de bonne disposition, et d'aucun acquis méprisable, mais un qui se consacre entièrement aux fictions spécieuses de Blandrata. Ci-joint à la "confession sur le Médiateur", de Caspar Heltus etc., qui fut imprimée à Wittenberg, en 1555, en 8 vo., est une Ode à Jésus Christ, le médiateur entre Dieu le Père et les hommes, par Pierre Statorius. Le verset est d'un type mixte, connu sous le nom de dicolos tetrastrophos et la doctrine, autant qu'il put être collecté à partir des échantillons donnés par Bock, (Hist. Ant. T. I. P. ii. pp. 912, 913), parfaitement orthodoxe.

En l'an 1559, Statorius alla en Pologne et au cours de cette même année, la "Confession" mentionnée ci-dessus, avec son Ode, furent réimprimées à Pinczow. Il succéda à Orsacius au rectorat de l'école de Pinczow, où, au mois de Janvier 1560, il prononça une oraison funèbre pour Jean a Lasco, qui fut inhumé en grande pompe dans l'église de ce lieu. Cette oraison fut publiée durant la même année à Pinczow, et dédiée à François Lismaninus.

A cette époque, Statorius commença déjà à montrer des signes de tendance hétérodoxe dans ses idées hétérodoxes. Wengerscius parle d'une confession dissimulée, qu'il exposa au Synode des Pinczow, en 1559, et Paul Gilowski dit de lui, au synode de Sandomir, "quel que soit le mal qui œuvre silencieusement maintenant sur son chemin en Pologne, Statorius est le premier moteur de celui-ci". Ses idées sur la Trinité ne furent probablement pas entendues, ou en d'autres termes, elles ne viennent pas de la véritable norme d'Athanase, quand il assista au Synode Pinczow, en 1559. Dans la confession ci-dessus en allusion, il dit, "Propheticam et Apostolicam doctrinam, quae veram Dei Patris, Filii et Spiritus Sancti cognitionem continet, amplector et veneror, parique religione, Deum Patrem, Filium, ac S. Spiritum, distincte secundum sacrarum literarum veritatem colendum, implorandumque precibus, libere profiteor: denique omnem haereticam de Deo Patre, Filio, et Spiritu Sancto blasphemiam, plane detestor, sive Ariana ilia, sive Servetiana, Eunomiana, Stancarianafuerit."  Ici, il professe embrasser et vénérer la doctrine prophétique et apostolique, qui, comme il dit, contient la vraie connaissance de Dieu le Père, du Fils et du Saint-Esprit, et de la même manière religieuse, et il professe librement, que les Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, doivent être adorés séparément, selon la vérité des Saintes Écritures, et enfin, qu'il déteste ouvertement toutes les blasphèmes hérétiques au sujet de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qu'ils soient arien, servetien, eunomien ou stancarien. Que cet aveu est établi avec une prudence remarquable est évident, mais que tout trinitaire bien informé puisse être induit en erreur par celui-ci, afin de le considérer comme sonnant bien et orthodoxe dans ses sentiments, est à peine croyable. Pourtant il serait injuste de dire qu'il fut fait de mauvaise foi, et qu'à ce moment il ne contenait pas l'expression correcte des idées de l'écrivain. En l'an 1560, Statorius publia,  Très Brèves Critiques sur deux Dialogues de Martin Cromer, "la religion vraie et fausse de notre temps". Pinczow, en 8 vo. Ces critiques étaient anonymes, et ne contenaient aucune preuve interne de procéder de la plume de Pierre Statorius, mais qu'il fut l'auteur d'elles nous l'apprenons de Jean Leeuis qui les lui attribue, dans son "Compend. Hist. Univ. p. 541, Edit. Lugd. Bat. 1643," 8vo. Le travail de Martin Cromer, qui les suscite, fut écrit en langue polonaise, mais une traduction latine de celui-ci fut publiée à Paris en 1568, et à Cologne dans la même année. Statorius apparaît, dans son "critiques" pour les "dialogues" de Cromer, en tant que défenseur de l'invocation du Christ: mais il lui demande, si les apôtres ont partout dit, que le Saint-Esprit est Dieu ? Sa réponse à cette question est que, si le Saint-Esprit est Dieu, il ne fait aucun doute qu'il soit un objet d'adoration. Il soutient, toutefois, que la doctrine d'une essence divine en trois personnes peut être prouvée par le témoignage des Saintes Écritures.

Le travail suivant de Statorius fut, de brèves excuses pour lui-même et pour l'église universelle du Christ, en réponse aux calomnies de Stancaro, en 8 vo. Il semble, du caractère des types, qu'il fut imprimé à Pinczow, et, comme Bock suppose, sorti de la presse de Daniel Luncicius, en 1560. Il fut surtout réalisé comme une réfutation de l'hypothèse de Stancaro, qu'avant l'incarnation du Christ il n'y eut aucun médiateur.

Lorsque Chelmius Remigius présenta au synode à Pinczow, le 25 Janvier 1561, un document, dans lequel il recommandait que le Saint-Esprit ne soit pas invoqué, comme un objet distinct de culte, Statorius s'exprima favorablement pour cette idée, mais le fit avec beaucoup de prudence et de modération. Une conférence fut ensuite demandée à ce sujet, entre Statorius et certains Ministres, lors de laquelle il montra, avec grande érudition et éloquence, que l'Esprit Saint n'est pas une troisième personne dans la divinité, mais la puissance et le don de Dieu, alors que Dieu excite dans le cœur des fidèles, et dont il en donne une partie à chacun, selon sa volonté, et qu'il les donna à son fils sans mesure, et que, de cette plénitude du Fils, chacun des fidèles en reçu une partie. Ainsi, il déduit, que le Saint-Esprit n'est pas le Dieu des cieux et le Créateur de la terre, parce qu'il ne peut pas être mesuré, offert, ou divisé en plusieurs parties. Ces idées furent incorporées, par Statorius, dans une lettre à Remigius Chelmius, écrite par ordre du synode de Pinczow, et datée du 30 Janvier 1561.

Statorius fut un adversaire énergique du pédobaptisme, et prit une part active dans la controverse sur ce sujet en Pologne. Il fit également beaucoup pour l'avancement de la littérature polonaise, car il était l'auteur de la première grammaire polonaise, publiée à Cracovie, en 1568, en 8 vo., et l'un des auteurs de la première version de la Bible en langue polonaise.

Sandius mentionne, dans une liste des "Auteurs anonymes", à la fin de sa "Bibliotheca Antitrinitariorum" (p. 172), une lettre sur la doctrine communément reçue de la Trinité, dont François Junius inséra dans sa "défense de la doctrine catholique de la Trinité", et qui porte le titre suivant: "Epistola quam Praeceptori orthodoxo scripsit Discipulus Arianus." Cette lettre, qui prétend avoir été adressée par un érudit arien à un maître orthodoxe, fut attribué pour certains à Faust Socin, mais Sandius dit: "Je ne sais pas qui pourrait être le maître orthodoxe de Faust Socin, qui était un autodidacte, et n'avait aucun maître, que son oncle Lélio". Il dit donc que le disciple arien était Pierre Statorius, de Thionville, qui avait Théodore de Bèze pour précepteur. Bock considère au-delà de tout doute, que l'auteur de la lettre en question fut Pierre Statorius.

 

(Vidend. Sandii B. A. pp. 47, 48. 172. Stoinii Epitome, p. 185. Schomanni Test. p. 193. Bock, Hist. Ant. T. I. pp. 911—922. Lubieniecii Hist. Ref. Polon. L. i. 0. v. p. 33; L. ii. C. viii. p. 148. Hoornbeek, Summa Controv. L. vii. p. 565, etc.)


didier Le Roux

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