
Blandrata Georges
Blandrata
Georges,
(ital. Biandrata),
était originaire de Saluces, dans le Piémont. Il
suivit la profession de
médecin, et, par le biais de ses grands talents, et d'une
adresse habile,
devint un favori avec beaucoup de personnes éminentes, tant
dans son pays que
dans les pays étrangers.
En l'an 1553, nous
le
trouvons avec Alciati offrir
une
visite à leurs
amis unitariens dans
le
pays des
Grisons, sur le
chemin de
l'Italie vers la
Suisse. Mais, si
nous sommes au
crédit du
compte de Bock, ce ne
fut
que vers
l'an 1556 que les Blandrata s'installa à
Genève. Il
semble qu'il
fut en
Pologne durant
l'année précédente, et
qu'il y avait
déjà
pratiqué en
tant que médecin.
En revisitant l'Italie, il fut
jeté
dans la
prison de
l'Inquisition,
à Pavie, mais réussit
à s'évader, et s'enfuit
à
Genève. Là,
il rejoint la
société
religieuse, qui
avait été formée
par les réfugiés
italiens, et qui
contenait, entre le
nombre
de ses
membres,
plusieurs, qui avaient renoncé
à
la doctrine
de la Trinité. Pendant
son
séjour à Genève, il
conversa
souvent avec Calvin, dont
il
peut être vu dans ses travaux les réponses que
Calvin retourna
à ses
questions. Il professa les
plus
grandes obligations envers
Calvin, mais
quand ses
tendances hérétiques commencèrent
à se
développer,
Calvin lui
causa
d'être appréhendé, et l'aurait
probablement voué au
sort de Servet, s'il
n'avait pas souscrit
à la
confession de
l'Église de Genève.
Trouvant sa
situation à Genève
en présence de
quelque
danger, il quitta
cette ville en 1558, et
alla encore
une fois en
Pologne,
où il
prit une part active
dans
les discussions religieuses, par
lesquelles ce
royaume fut
agité. Une
tentative fut
faite à un
synode, qui
se tint cette
année à Pinczow, de
réduire
au silence le
parti unitaire, dont Blandrata fut l'un
des
leaders, et
la doctrine de la
Trinité rencontra
des défenseurs capables en les
personnes de Jean
de
Lasco, et Stanislas
Sarnicki,
Aumônier
de
Bonar,
Châtelain de Biecz. Mais
les
efforts de ces
champions zélés échouèrent, et
ce
Synode, au
lieu de faire
taire les unitariens, contribua
principalement à
l'élaboration de
leurs
idées.
Blandrata
prit
un soin particulier à
présenter ses
sentiments avec
un langage scripturaire, ne choquant
pas les préjugés de ses
adversaires, mais
plutôt apparut pour
s'entendre avec
eux dans tout
ce qui était
essentiel, et progressivement amena beaucoup
d'entre eux à s'approcher de ses
propres
vues. Calvin, qui
soigneusement surveilla ses
mouvements à
distance, fut
mortifié de
trouver dans ce Blandrata une
haute estime
de par les
réformateurs polonais, et de
toute
urgence leur
recommanda de ne
pas lui
faire
confiance. Blandrata maintenant
était découvert,
comme Bayle le
remarque, ces
Théologiens de
l'éminence de
Calvin avaient
le
bras long. Mais malgré
l'opposition du
parti calviniste, les
opinions de Blandrata continuèrent
à gagner de
nouveaux adhérents.
Jérôme
Ossolinski, en
entendant cette
lettre,
éclata en ces
mots. "Est-ce
que les
écrits sur la
Trinité ne
sont-ils pas diffusés!"
signifiant
que de tels écrits tentent d'expliquer la doctrine par
des
termes de simple
invention humaine. Il
est que Lismaninus se
serait joint
à Blandrata pour
dire à
ce Synode, "Que
tous les Docteurs me
laisse un
seul
Dieu, et non de le
diviser, et
alors ils peuvent
avoir ce médiateur qu'il
leur
plaît." Avant la fin
du
synode, Blandrata fut
ordonné de
mettre en
écriture une confession
de sa foi, ce
qu'il fit, et il la
présenta au
Synode
qui suivit, tenu
à Xionx, en Mars 1562, alors
qu'il
la lisait en privé, il
rencontra l'approbation
de certains,
et la
désapprobation d'autres. Mais si
puissant que
son parti était désormais, au Synode
suivant, tenu
à Pinczow, le
21 avril dans
la même année, et
composé de vingt-huit
Ministres
et
douze patrons
laïques, une résolution
fut
adoptée, ce
qui équivalait
à un quasi-abandon du
concours des
orthodoxes. "Toutes
les recherches sur la
Trinité, la
médiation, l'incarnation",
dit Krasinski, "doivent
être abandonnés: toutes
les
expressions inconnues à
l'Église primitive interdites, les
Ministres doivent
prêcher les
paroles pures de
l'Évangile, non
altérées par des explications humaines. Les décisions
des conciles
prisent
après les
temps
apostoliques furent déclarées
non contraignantes. Sarnicki, qui
perçut que
cette résolution
fut adoptée dans
le but de
dissimuler la véritable
opinion de ses
rédacteurs,
proposa que tous
les Ministres qui maintiennent la
suprématie du
Père sur le
Fils devaient
démissionner de leurs
fonctions, mais
sa
proposition fut
rejetée, par
laquelle le préjugé
antitrinitaire
du
synode
devint évident". (Aperçu historique de la
Réforme en Pologne, par le
comte Krasinski, t. I,
p. 356, 357) A ce synode
la confession
de Blandrata fut lue
publiquement, mais
étant exprimée
dans les paroles de la
sainte écriture, elle
excita peu de
discussions.
Il
assista au dix
septième synode à Xionx, au
mois de Septembre 1560,
et fut nommé à
cette
époque l'un
des surintendants de
l'Eglise helvétique, en
Petite
Pologne. Il fut
également présent
au
dix neuvième Synode, à Pinczow, en
Janvier 1561, en
tant que
délégué du prince
Nicolas
Radzivil, lorsqu'il
fut rapporté que Pierre
Statorius dit que tous
les
amis de Blandrata, par un
moyen ou un
autre,
tombèrent sous une suspicion
d'hérésie. Au
vingtième synode, qui se
tint à
Cracovie, le 16 Septembre, dans
la
même année, Martin
Czechovicius produit
une
lettre de
Calvin, dans
laquelle il
exhorta les Cracoviens et Pinczoviens à
se méfier
de Blandrata.
Ayant
maintenant semé
les
graines de
l'unitarisme en
Pologne, il
détermina, en l'an 1563, d'accepter
une invitation qui
lui fut envoyée
par Jean
Sigismond, prince
de Transylvanie, pour
qui il
agit désormais en
qualité
de médecin, et
qui bientôt se
convertit à ses
opinions religieuses. Sa
fonction, en
tant que médecin
de la cour, lui
offrit des
facilités particulières pour
étendre son
influence, et
propager ses
doctrines, parmi
les principales
familles de
Transylvanie, et
il ne
tarda pas à se
prévaloir de ces
facilités. Le
résultat
fut, que
non seulement le
prince lui-même, mais
les principaux
nobles du pays,
adoptèrent son
point de vue, et
coopérèrent
avec lui
dans leur
diffusion.
Après
la mort de Jean
Sigismond, Blandrata retourna
en
Pologne, et
occupa le poste
de médecin de Stephen
Bathory,
lorsque que le
prince obtint la
couronne
de Pologne. Il prit avec
lui Francis
David en
Transylvanie, et ne
se retrouva pas qu'un peu endetté
avec cet homme cultivé et excellent, par le
succès de ses
efforts pour obtenir des
prosélytes à ses
opinions. Mais il était
beaucoup plus troublé
par les
objections faites
par David sur
l'adoration de
Jésus-Christ, et inquiet que ce
culte soit
maintenu dans
les églises de
Transylvanie, mais
incapable, par
l'argumentation ou des prières, d'amener
davantage
David à
ses
propres vues. Il
appela à
son
secours le
célèbre Faust
Socin, qui
était
alors à Bâle, en
Suisse. Avec cet
objet, il persuada David d'accueillir F. Socin comme son
invité, afin
qu'ils puissent en
débattre entre
eux, Blandrata s'engagea
de
rembourser tous
les frais d'hébergement
et de pension de David. Ce fut en l'an 1578.
En 1579, Blandrata
à nouveau rejoignit Alciati pour
une tournée
à
travers les
Alpes rhétiques, mais
après
nous entendons peu sur lui.
Il fut
un homme de
pesrpicacité et
d'adresse rares,
et connaissait
bien tous
les arts et les
intrigues des tribunaux. En fin
de
compte,
cependant, il
devint un
triste
exemple des
effets pernicieux
de l'ambition
et des préoccupations mondaines, car,
à
la fin de sa
vie, il
déserta la
cause, dont
il fut un si
zélé défenseur, et prit
part avec
les
Jésuites, qui furent
reçus en
grâce sous
le
règne d'Etienne
Bathory.
Son
métier lui
permit d'obtenir une
fortune suffisante, et alors
que
son âge avançait, son amour
de l'argent augmenta. Mais
il
n'eut pas
d'enfants pour hériter
de
ses biens, car il vécut
et
mourut célibataire. Il se résolut
donc d'adopter un
neveu comme
son
héritier, qui,
désireux d'entrer
en possession, causa à
son oncle d'être étranglé
dans son lit.
Quelle
fut l'année de la
mort de Blandrata on ne peut, avec
un
quelconque degré de certitude, en être
certain. Il vit,
selon Sandius, vers
l'an 1585, mais
ne
survécut pas à l'année 1592. Certains
disent, que sa
mort eut lieu en 1586,
d'autres qu'il décéda le 14
mai 1588.
Selon Bock, les
écrits pour
lesquels Blandrata fut
plus ou
moins concernées, sont au nombre de vingt-sept
en tout: mais
certains d'entre
eux sont mentionnés en
rapport
avec son
nom, seulement
parce qu'ils furent
publiés en
Transylvanie de son
temps, ou sous
ses
auspices. Ce qui
suit est un
récit
abrégé d'entre
eux.
1.
Questions, auxquelles Calvin répondit dans les actes de Valentin
Gentilis. Fol. 50—56.
2.
Une confession de foi sur la Sainte Trinité, que Blandrata
présenta au synode de Pinczow, en 1562.
3.
Une lettre de Grégory
Pauli, datée du 30
novembre 1565, à Wissembourg.
4. Une
lettre aux églises de Petite Pologne, écrite
le 27 janvier 1568, et insérée par Lubieniecius
dans son "Histoire de la
réforme polonaise." (L. iii. C. xi. p. 229.)
5.
Un catéchisme, qui fut lit en public au synode
général tenu à Radnothin, en
1558.
6.
Neuf thèses sur Dieu et son Fils Christ.
7.
Trente autres thèses opposées aux trois de David
Francis, éditées en 1578, 8vo.
8.
Certains passages remarquables de la Sainte Ecriture sur l'Invocation
du
Christ.
9.
Objections pour la réfutation de Faust Socin sur les
thèses de F. David,
écrites en 1579, et éditées en 1595.
10.
Trois lettres à Jacques Palaeologus, datées du 3
août 1578, à WIssembourg ; et
janvier 1580.
11.
Une lettre à Grégory Pauli, Georges
Schomann,
Martin Czechovocius, Alexandre
Vitrelinus et
autres Ministres des églises de Pologne de Jésus
Christ crucifié, par Georges
Blandrata et Faust Socin, dans le nom de
l'église de Transylvanie pour la même confession.
1579.
12.
La première discussion tenue à Wissembourg, le 24
février 1566. Celle-ci fut
éditée dans la même année
à Kolosvar.
13.
Une démonstration de la fausseté de la doctrine
de Pierre
Melius et autres. 1567.
14.
Deux livres sur la vraie et la fausse connaissance du Dieu Unique le
Père, du
Fils, et du Saint Esprit, par les Ministres des églises de
Pologne et
Transylvanie. Wissembourg, 1567, 4to. A ces livres des
références sont faites
par Sandius, dans son récit sur Jean
Valdés, Martin
Cellarius, et autres auteurs antitrinitaires.
Le même auteur donne les titres des principaux sujets
discutés dans ce volume. (Bibl. Ant. pp. 30—32.)
15.
Un bref discours sur la seconde discussion sur le Dieu Trine et la
double
nature du Christ tenue le 8 mars 1568. Celui-ci fut
édité à Wissembourg, en
4to, durant la même année.
16.
Anti-thèse sur l'interprétation de Jean I de
Pierre Melius, à laquelle, selon
Sandius, (B.A.p.33), furent ajoutés, soixante dix
thèses et trente six
arguments contre le baptême des enfants.
17.
Anti-thèses du pseudo Christ avec le vrai Christ
né de Marie. Wissembourg.
1568, 4to.
18.
Phrases scripturales synonymes sur le Christ, le Fils de Dieu,
né de Marie. Wissembourg,
1568, 4to.
19.
Sur la divinité et l'égalité du
médiateur, l'homme Christ Jésus. Wissembourg.
1568, 4to.
20.
Réfutation d'un écrit de Pierre Melius, dans
lequel il enseigne, dans le nom du
synode de Debrecen, un
Jéhoviste, et un
Dieu Trinitaire, inconnu des patriarches, des prophètes et
des apôtres.
Celui-ci et le numéro treize furent
préparés avant la seconde discussion à
Wissembourg. La date de sa publication dans les environs de
l'année 1568.
21.
Une réfutation d'un écrit de Georges Major, dans laquelle il
s'efforça de prouver, que Dieu
est trois en personne, et un en essence. Celle-ci fut
publiée conjointement par
David Francis et Georges
Blandrata ; et est
supposé pour avoir été
éditée à Wissembourg en 1569.
22.
Une réfutation d'une confession de Pierre Melius. Celle-ci
doit avoir été
écrite par David Francis.
23.
Anti-thèses opposées aux soixante
thèses de Francis Davis, lesquelles furent
présentées au synode
général de Thorda, le 26 avril 1579.
24.
Anti-thèses sur le premier chapitre de Jean selon la
doctrine des sophistes. Celles-ci
apparaît pour être les mêmes que la
N°. 16.
25.
Une lettre des églises de Transylvanie à celles
de Pologne sur le sujet du baptême, écrite en
1566, et tentant de prouver, que
ce rite n'est plus obligatoire sur les Chrétiens. Badzinius
inséra une copie de cette lettre dans le 45ème
chapitre de son MS.
Histoire ; mais c'est douteux si elle fut écrite par Blandrata,
David, ou Jacques Palaeologus.
26.
Sept thèses avec anti-thèses sur le
Trinité, présentées au synode de
Thorad,
dans l'année 1566.
27.
Les grandes lignes d'un travail, en deux parties, sous le
règne du Christ et de
l'anti-Christ. Wissembourg, 1569, en 4to. Bock, qui donne le contenu de
ce
livre, dit, qu'une comparaison de celui-ci avec le 'Christianismi
Restitutio" de Servet, montre clairement, qui n'est qu'un peu plus
qu'un
abrégé de ce travail.
didier Le Roux
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